Docteur, qu’est-ce que j’ai aux mains ? Regardez mes doigts. Vous avez de l’arthrose, madame.

L’arthrose des doigts est une localisation fréquente de ce rhumatisme dégénératif. Elle atteint surtout les articulations des extrémités et de la racine du pouce. On la retrouve, essentiellement, chez la femme après la ménopause et se traduit par une déformation des jointures sous forme de nodosités dures de la face dorsale, essentiellement  disgracieuses, mais parfois aussi douloureuses.

Ces lésions se voient souvent, au début de l’atteinte arthrosique, au niveau de l’index et du médius puis peuvent s’étendre  aux autres doigts, dans les années suivantes. Elles sont généralement symétriques.

Beaucoup de patients porteurs de cette arthrose n’en souffrent pas et la consultation médicale est justifiée par la déformation d’un ou plusieurs doigts, jugée inesthétique ou faisant craindre le début  d’un « rhumatisme déformant » comme une polyarthrite rhumatismale.

L’indolence, fréquente n’est pas la règle absolue et parfois, au cours de l’installation ou un peu plus tard, les phénomènes douloureux peuvent se manifester avec sensation de piqûre, brûlure, fourmillements.

Ce rhumatisme de cause souvent méconnue peut être considéré comme une sénescence plus ou moins prématurée des articulations des phalanges. Un caractère familial est parfois retrouvé ainsi qu’une lésion traumatique plus ou moins ancienne.

Si l’arthrose de la dernière articulation des doigts est la plus fréquente, elle peut se retrouver aussi au niveau des articulations entre les phalanges situées plus haut (inter phalangiennes proximales).

Le pouce n’est pas épargné par l’arthrose qui se situe alors essentiellement au niveau de sa racine (rhizarthrose) et qui se retrouve soit après un surmenage professionnel, un accident soit, le plus souvent, spontanément après cinquante ans. Cette lésion peut déformer la région externe du poignet sous forme d’une saillie osseuse dure et même le doigt lui-même, en forme de Z typique.

Ces lésions sont dues comme dans toute arthrose (voir chapitre sur l’arthrose en général traitée auparavant ) par une usure du cartilage et un épaississement de l’os tout autour ce qui explique les déformations constatées, puisque les articulations dans cette zone sont situées sous la peau.

Les examens complémentaires  que votre médecin de famille pourra éventuellement demander afin de confirmer le diagnostic clinique et éliminer ainsi totalement un autre rhumatisme seront :

des clichés radiologiques où l’on retrouvera les signes caractéristiques de l’arthrose (un examen scannographique ou par IRM  sera exceptionnellement utile)

une biologie par prise de sang, habituellement tout à fait normale, pour éliminer, en cas de doute, un rhumatisme inflammatoire déformant ou une goutte.

Il faut donc retenir de cette arthrose des doigts, sa fréquence, surtout chez la femme après la ménopause, et la gêne fonctionnelle qu’elle peut entraîner dans la vie quotidienne. Ces déformations, qui s’accompagnent souvent d’un enraidissement et parfois de douleurs peuvent être la source d’un handicap dans les tâches ménagères, certaines activités sportives (tennis, bâtons de randonnée, golf..) ou de loisirs (bricolage, jardinage,  couture, tricot…)

Il ne s’agit donc pas uniquement d’un problème esthétique mais aussi d’un rhumatisme gênant lorsque les doigts sont enraidis et le pouce déformés, limités et douloureux.

Le traitement ne peut empêcher l’apparition, l’extension de cette arthrose ou atténuer les nodosités installées. Votre médecin pourra prescrire des médicaments « anti-arthrosiques », d’efficacité plus ou moins reconnue, un antalgique ou un anti-inflammatoire sur une courte durée.

L’immobilisation du pouce par une attelle (orthèse), à porter essentiellement la nuit, calme assez bien la douleur.
Les infiltrations locales de cortisone permettent de passer un cap difficile mais sont à envisager avec beaucoup de prudence et doivent être réalisées par un praticien compétent.

Les soins de  physiothérapie, la crénothérapie (traitement par le thermalisme) avec des soins adaptés (étuve, bains locaux, en maniluve, avec application de boues thermales) sont aussi à discuter avec votre médecin de famille.

Quelques fois le recours à la chirurgie est nécessaire surtout au niveau du pouce : il demeure l’exception et doit être envisagé avec un chirurgien, généralement spécialiste de la main et après mûre réflexion.

L’arthrose des mains, sans rapport avec la goutte ou une polyarthrite rhumatismale est un rhumatisme dégénératif très fréquent, banal  parfois gênant qu’il faut savoir reconnaître et traiter si nécessaire afin d’éviter, si possible, les inconvénients parfois importants qu’il peut procurer.