Michele-DelaunayMadame La Ministre Michèle Delaunay nous a fait l’honneur de répondre à une interview consacrée aux seniors ! En exclusivité, Madame la Ministre “aux 10 000 followers” sur Twitter nous explique que “Les seniors en forme représentent environ 10 millions de nos concitoyens, les deux tiers de mon ministère” mais aussi que “Les perspectives de la « Silver économie », en termes d’emplois notamment, sont très prometteuses” ou encore “Le numérique est un formidable vecteur de lutte contre l’isolement social des personnes âgées. Il contribue également à retarder la perte d’autonomie et à renforcer les liens intergénérationnels” Découvrez l’interview d’une Ministre au cœur de nos préoccupations  : 

-Dépendance, vieillissement, personnes âgées, maison de retraite, maintien à domicile, solidarité…Les sujets portés par votre ministère aux Personnes Agées et à l’Autonomie sont nombreux. Comment présenteriez-vous votre action à nos lecteurs?  

 Elles sont multiples, elles vont de la prévention à l’accompagnement, en passant par la silver économie.

Les seniors en forme représentent environ 10 millions de nos concitoyens, les deux tiers de mon ministère. Nous devons nous adresser à ces baby boomers qui, après avoir fait la révolution de mai 68, vont faire la révolution de l’âge.

Nous voulons d’abord être à leurs côtés lorsqu’ils sont confrontés au grand âge de leurs propres parents, par un accompagnement adapté, et par un accès facilité aux établissements et services qui leur sont destinés. Cela pose notamment la question complexe des restes à charge des familles, et de la solidarité nationale face aux dépenses croissantes induites par ces nouveaux besoins.

Mais nous voulons aussi les aider à mieux anticiper leur propre vieillissement. En effet, de nombreux travaux scientifiques ont aujourd’hui clairement mis en évidence les principaux facteurs qui concourent à un vieillissement réussi et permettent de retarder, voire d’éviter la perte d’autonomie. Non, la dépendance n’est pas une fatalité !

Parmi ces facteurs, le maintien d’une activité physique adaptée et la participation à la vie sociale constituent deux leviers particulièrement importants. C’est pourquoi nous réfléchissons actuellement aux moyens qui permettraient d’aller plus loin en la matière en accompagnant mieux toutes les initiatives de terrain qui y concourent.

 La donne économique change avec l’accroissement de la population âgée, dont une forte proportion de personnes très âgées, qui ont des besoins, des exigences et des intérêts spécifiques. Pour parer à la fuite des capitaux de cette population à l’étranger, chercheurs et praticiens ont cherché à convaincre les entreprises du bénéfice qu’il y avait à s’intéresser davantage aux intérêts de la population âgée. Les perspectives de la « Silver économie », en termes d’emplois notamment, sont très prometteuses. Les branches les plus concernées sont le sanitaire, le social, l’habitat et les loisirs.

 La silver économie doit permettre à la France de renforcer son potentiel dans le domaine des soins, santé, dépendance, de manière à renforcer ses avantages comparatifs dans un secteur où la France dispose d’atouts importants (hôpitaux, formation de qualité, gérontopôles émergents, industrie pharmaceutique…). Il s’agit de mener une politique ambitieuse visant à renforcer ces atouts.

Le vieillissement doit être perçu comme une opportunité. De nouveaux services et de nouveaux produits sont et vont être développés. C’est le sens de la silver économie.

  -Les seniors sont très présents sur les réseaux sociaux et forment une communauté appelée les seniors 2.0. Vous avez déclaré “un âgé qui twitte ne vieillit jamais”. Pouvez-vous nous en dire un peu plus? 

Des études américaines montrent que prendre une part active sur Internet prémunit contre les effets du vieillissement et ralentit l’arrivée de la démence. Cela permet de rester actif, connecté. Je vais vous raconter une anecdote : l’un de mes collaborateurs (qui a une trentaine d’années) a vu son père prendre sa retraite. Devinez son statut Facebook : “Etudiant”. Et oui, il a repris ses études. C’est cela un âgé actif. Et ils sont très nombreux.

 -Pour aller plus loin dans cette thématique, comment, concrètement, comptez-vous mettre en œuvre, Madame la Ministre, votre programme d’initiation des personnes âgées aux réseaux sociaux ?  

 Il y a plusieurs dimensions. D’abord, je me suis inscrite dans la démarche du séminaire gouvernemental sur le numérique animé par le Premier ministre et par Fleur Pellerin.

 En France, seuls 18% des personnes de plus de 65 ans utilisent Internet (il s’élève à 65% et 68% d’utilisateurs en Danemark et en Finlande). Ce fossé numérique générationnel est appelé à diminuer de manière progressive et quasi naturelle avec l’avancée en âge des générations adeptes du numérique.

Familiariser les personnes âgées à ces outils n’en demeure pas moins nécessaire : la maîtrise du numérique leur permet de correspondre plus aisément avec leurs proches (Skype, courriels…), de bénéficier d’un suivi à distance (par l’infirmière, les services d’aide à domicile…), de maintenir une activité intellectuelle et sociale.

Le numérique est un formidable vecteur de lutte contre l’isolement social des personnes âgées. Il contribue également à retarder la perte d’autonomie et à renforcer les liens intergénérationnels.

Il permet enfin, et peut-être surtout, d’être un outil au service de l’emploi et de la croissance. Les technologies pour l’autonomie (ou gérontechnologies) ou encore la domotique intègrent pour une large part le numérique pour fonctionner (téléassistance, tablettes tactiles et ergonomiques, bracelets d’autonomie géo-localisant…). Le seul marché européen des appareils assistés avait une valeur estimée de 30 milliards d’euros en 2010. C’est pour cette raison que nous travaillons fortement à structurer cette filière industrielle, pleine de contenu numérique, qu’est la silver économie.

Ensuite, les réseaux sociaux pour les personnes âgées ne manquent pas, comme La compagnie des aidants par exemple. Les projets non plus, comme  Alliage en Aquitaine, sur la tablette tactile. Des sociétés telles que Isidor développent des logiciels permettant une interaction avec ses amis, ses proches ou les professionnels du médio-social. L’interface tactile permet l’envoi de mails, l’utilisation d’une téléphonie par Internet… Il y a aussi des « serious games ». Enfin, de nombreux ateliers proposés dans les communes (je me suis déjà rendu dans plusieurs) proposent des ateliers hebdomadaires d’initiation ou de perfectionnement aux nouveaux outils de la communication. Les âgés en forme l’utilisent pleinement et de plus en plus abondamment.

 -Vous êtes surnommé, par certains, la geekette du gouvernement, votre présence sur le net est déjà ancienne, notamment via votre blog. Comment l’utilisez-vous, dans quel but et avez-vous encore le temps d’écrire vos billets, malgré votre planning extrêmement chargé ?

J’écris tous mes billets, c’est essentiel de conserver le contact direct avec les citoyens. Je m’en sers pour faire passer mes messages, pour tester une idée, pour interpeller l’opinion.

J’aime beaucoup également Twitter, c’est difficile de faire entrer du sens en 140 caractères. Twitter permet également de communiquer rapidement, facilement, il permet de mettre en lumière une association (ex: Au bout du fil, la Silver Valley d’Ivry dédiée aux technologies pour l’autonomie des âgés…).

J’ai plus de 10 000 followers sur Twitter, j’en avais 6 000 en arrivant au gouvernement.