blog senior-égérie des seniorsC’était mieux avant“, voilà une phrase que nous entendons tous les jours. Pourtant, Jean d’Ormesson qui vient de fêter son 91ème anniversaire a déclaré ” Il y a une formule que je récuse tout à fait c’est: “c’était mieux avant”. Ce n’était pas mieux avant, ça a toujours été très difficile”. Déjà en -2400 ans avant JC, le débat faisait rage et selon Socrate  “Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et ils sont tout simplement mauvais”. 35% des retraités pensent que leur situation est moins bonne que celle de leurs parents. Alors c’était vraiment si mieux avant ? 

On ne peut pas savoir si c’était mieux avant mais dans tous les cas, c’était vieux avant…

Avant quoi d’ailleurs ? Avant la crise ? Avant la perte des principaux repères ? Avant la perte de respect que n’ont plus ni les médecins, ni les professeurs, ni les élus ?

Certes notre époque est tourmentée mais écoutons encore ce grand écrivain qu’est Jean d’Ormesson “Nous avons connu, grâce à l’Europe, 30, 40, 50 années de paix et quand je pense à ma jeunesse, quand j’avais 10 ans ou 15 ans, c’était bien plus difficile. Il fallait choisir entre Hitler et Staline, ça n’était pas gai”

Notre passé est il supérieur au présent ? Naturellement les gens de progrès vont dire que ce sont des balivernes. Il est impossible pour beaucoup de penser que, dans quelque domaine que ce soit, les choses aient pu aller mieux avant. Ils ont en partie raison. Un simple chiffre: en 1946, l’espérance de vie était pour les hommes de 59,9 ans, pour les femmes de 65,2 ans et en 2015 elle est de 79,2 ans et 85,4 ans. Que de progrès !

Qui aurait pu imaginer en 1950, que vous alliez lire cet article sur votre tablette ou sur votre téléphone? Qui aurait pu croire que les hommes allaient marcher sur la lune, s’envoler sur mars? Quel conducteur de voiture aurait pensé que nous allions passer de 16445 tués par an sur les routes à moins de 3000 en 2014?

On nous rabâche les oreilles en prétextant que le niveau scolaire baisse. Or, dans les années 1930, on estimait qu’un élève savait lire s’il pouvait déchiffrer à haute voix un texte simple et répondre à quelques questions de vocabulaire. Pourtant, 50% des Français échouait alors au certificat d’études. En 2012,  20 % des enfants ont, selon ces critères, des difficultés de lecture. Le niveau monte mais pour combien de temps?

Un chiffre parlant : en 1955,  26% des habitations avaient les toilettes à l’intérieur et seulement 9,8% avaient une baignoire ou une douche! En 1954, dans une maison il y avait 0,96 pièce par personne maintenant c’est 1,72 pièce par habitant.

Vous pouvez trouver de multiples exemples de l’évolution de notre société, et nous avons mis en évidence les plus anecdotiques.

Cependant, il est difficile de nier que  la nourriture industrielle, la politique, l’économie et bien d’autre domaines vont dans le mauvais sens.

En 1950, on enregistrait 42 cas pour 10 000 habitants de taux d’atteinte aux biens et aux personnes contre 400 en 2006. Qui peut prétendre que Nicolas Sarkozy ou François Hollande représente mieux notre pays que le Général De Gaulle? En 1950, la France avait un taux de croissance de 8,6%, de 6,1% en 1970 et un maigre 0,2% en 2014 ! C’est vrai, nous travaillons moins, d’ailleurs depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la durée du travail annuelle des salariés a baissé d’un quart, soit de 480 heures ou si vous préférez  60 journées de huit heures. 2 mois de travail en moins en 60 ans ! C’est pour cette raison qu’en 1960 43% des français partaient en vacances au moins une fois dans l’année et en 2010 c’est 65%. Rien que pour nos fameux seniors, en 1979, ils représentaient 7 % des nuitées de vacances en 2015 c’est 14% des nuitées.

Mais inéluctablement, nous perdons la notion des bonnes choses : en 1950, nous consommions 120 kg de pain par an pour n’en manger que la moitié actuellement. Nous absorbions 77 litres de lait par an en 1960, de nos jours ce n’est plus que 66 litres…

Que de chiffres, que d’anecdotes, juste pour dire que le “c’était mieux avant” n’est pas une vérité absolue mais une simple vérité personnelle. Même des jeunes de 20 ans disent que c’était mieux auparavant.

Dans tous les cas, n’hésitez pas d’être un brin nostalgique car, et c’est scientifique, les chercheurs de l’Université américaine du Dakota ont démontré que la nostalgie c’est excellent pour le moral et pour notre santé. En se basant sur l’étude de 100 personnes âgées de 50 à 70 ans qui devaient se rappeler leur passé, les psychologues se sont aperçus que la nostalgie permettait de bloquer les sentiments négatifs et les remords, de plus elle donnait l’idée que la vie est remplie de belles choses et qu’elle a un sens. En outre, la nostalgie est utile car elle permet de se baser sur le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs. La nostalgie n’est dons pas un moment de repli sur soi, de ronger son frein et ruminer des idées noires mais, au contraire, ce sentiment nous booste et nous requinque !

Si vous doutiez encore de notre époque, méditez cette phrase de Michel Serres 85 ans “Alors, quand un vieux ronchon me dit que “c’était mieux avant”, je lui réponds : “Ah oui ? Cent cinquante millions de morts !”