BN-IK103_GEREXA_M_20150513114948“Tout vient à point qui sait attendre”. Le 7 mai, Ingeborg Rapoport, 102 ans, a soutenu à Hambourg sa thèse intitulée “la diphtérie chez les nouveaux-nés”. Ce qui est extraordinaire, c’est que ce médecin avait terminé ce travail universitaire à l’âge de 25 ans mais les circonstances historiques l’ont empêché de terminer sa thèse. 77 ans après, cette grand-mère modèle a reçu les félicitations unanimes du jury et sera officiellement docteur es sciences le 9 juin prochain ! En 1938, les autorités de l’époque avaient interdit sa thèse pour “raisons raciales” car sa mère était juive et les nazis ne voulaient pas décorer un doctorant qui portait l’étoile jaune.

Voici la lettre originale de 1938, disant que sa thèse aurait été acceptable mais que son ascendance ne lui permettait

pas de recevoir son doctorat …

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Des milliers de chercheurs non aryens ont été écartés de l’Université à cette époque et malheureusement le cas d’Ingeborg Rapoport n’est pas unique.

Ingeborg n’a pas eu la choix et en 1939, elle décidé d’émigrer aux Etats-Unis. Mais là aussi la vie ne fut pas facile et après 48 refus d’universités, elle trouva enfin une école le “Medical Collège” qui lui permit de terminer ses études à Philadelphie. En 1944, elle exerça pour la première fois son métier de médecin et lors de sa carrière universitaire américaine, elle obtint de nombreuses récompenses. Le Président Truman la félicita même pour ses recherches sur la conservation du sang. 

Mais l’histoire n’est pas terminée. Dans les années 50, Ingeborg Rapoport fut séduite par les idées communistes mais avec le Maccarthysme ce n’était pas bien vu aux USA. Alors encore une fois, elle traversa l’Atlantique pour s’établir en Autriche. Puis elle s’installa en Allemagne de l’Est et plus précisément Dresde pour fonder la première clinique de néonatologie en RDA.

Malgré ces épreuves, Ingeborg n’éprouve aucun ressentiment et déclare même “Je suis terriblement chanceuse dans mon malheur”…

Les années ont passé et sur les conseils de ses enfants, elle a commencé à se renseigner pour savoir si symboliquement elle pouvait obtenir sa thèse à Hambourg afin de tourner définitivement la page. Cependant, elle fut incapable de remettre la main sur un exemplaire de son travail vieux de 77 ans, et fut obligé de recommencer à zéro car l’Université sans trace écrite de son mémoire ne pouvait lui décerner qu’un diplôme honorifique. Qu’à cela ne tienne et malgré une vue défaillante et une mémoire qui lui fait quelquefois défaut, Ingeborg a présenté un travail qui a forcé l’admiration de ses pairs “Madame Rapoport a acquis des connaissances remarquable au sujet de la diphtérie. Compte tenu notamment de son âge, elle était brillante”

En outre, Frau Rapoport, comme elle se nomme maintenant déclare “Je sais beaucoup plus sur la diphtérie maintenant qu’en 1938. Ce travail est bien meilleur que le précédent”…

Cependant, se replonger dans son passé n’a pas été simple et cela a fait remonter des mauvais souvenirs. Ses nuits sont encore hantées par le cauchemar de 1938 et de la période nazie mais pour conclure, Ingeborg dit souvent à qui veut l’entendre “j’ai eu une belle vie…mais un peu chaotique“…